L’affaire Pénicaud et les dérives du capitalisme financier.

Illustration article - Dérives du capitalisme financier

Cette semaine, le journal l’Humanité a publié un article concernant la plus-value de 1,13 million d’euros réalisée en 2013 par la ministre du travail (Mme Pénicaud) lorsqu’elle a revendu ses « stock-options », dont elle bénéficiait comme Directrice des Ressources Humaines du groupe Danone.

Cette opération financière, réalisée par Mme Pénicaud, ayant eu lieu au moment d’un plan de restructuration de la société Danone dont la conséquence était le licenciement de 900 cadres de la société dont 230 en France, a largement fait réagir cette semaine. Les « commentateurs » ont tout de suite placé le sujet sur le plan de la légalité ou de la moralité.

Mais la question n’est en effet pas là, comme l’a souligné le secrétaire général de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly sur RMC-BFM : Oui, bien sûr que l’opération est légale. Et c’est même ça le problème, que ce soit légal ! De même qu’on ne devrait pas s’en étonner ! S’en offusquer oui mais s’en étonner non…

C’est bien le système global de rémunération des cadres dirigeants qu’il faut revoir.

Après le mépris de classe et la méconnaissance de la vie « normale » du peuple, que nous reprochions à certains députés En Marche récemment ou à des candidats à la députation il y a quelques mois, et qui sont la « source humaine » à l’origine du système que porte ce mouvement politique, nous en « découvrons » là le fond du problème : la dérive du système capitaliste, qui a abouti à cette forme « extrême » du capitalisme financier, que nous avons appelée « l’extrême libéralisme ».

Le capitalisme a en effet connu trois évolutions importantes.

Au début, l’actionnariat des entreprises (les « propriétaires ») était constitué de l’entrepreneur lui-même, parfois accompagné de sa famille. Les salariés étaient donc en lien direct avec eux.

Le fort développement des sociétés par actions et des « petits porteurs » d’actions, après la première guerre mondiale a déjà profondément modifié le paysage et le fonctionnement du capitalisme. Dès lors, les salariés perdaient un lien important avec une grande partie des propriétaires de l’outil de travail. Comme le soulignent de nombreux économistes, se pose alors la question de la légitimité de la non répartition du bénéfice de l’entreprise, qui est en totalité distribué à ces actionnaires, après investissement et impôts, les salariés, eux, ne touchant que leur salaire. Or, pour réaliser un bénéfice, le travail exercé par les salariés est tout autant nécessaire que le capital.

Pardon de citer le général De Gaulle mais il y a 60 ans, dans un discours à Strasbourg, il posait lui-même cette question sur la table : « La solution humaine est l’association digne et féconde de ceux qui mettraient en commun, à l’intérieur d’une même entreprise, soit leur travail, soit leur technique, soit leurs biens, et qui devraient s’en partager, à visage découvert et en honnêtes actionnaires, les bénéfices et les risques. » De Gaulle n’était pourtant pas communiste !

Cependant, il faut noter que jusqu’à la fin des « Trente Glorieuses », cet actionnariat « éloigné » de la réalité du terrain n’avait pas trop de conséquences sur la vie et les décisions de l’entreprise, le PDG oeuvrant souvent dans l’intérêt de l’entreprise sur le long terme.

Mais les stratégies économiques de long terme des entreprises ont très largement évolué vers des stratégies financières de court terme, avec la dernière évolution récente du capitalisme : le financiarisme et le néolibéralisme. En effet, cette évolution inspirée par l’économiste et conseiller du général Pinochet dans les années 70, Milton Friedman, a bouleversé le monde des entreprises et leurs stratégies, en regroupant les actionnaires dans des sociétés de gestion, des fonds d’investissement, les fameux « hedge funds », dont la stratégie de rentabilité à court terme correspond à 100% à la doctrine néolibérale : « le maximum de bénéfice, le plus vite possible ».

C’est donc cette dernière évolution qui a abouti à un système de gestion des entreprises avec des prises de décisions de la part des principaux cadres dirigeants (PDG, DRH, Directeur financier…). Par exemple, en 2005, environ deux tiers du capital de la société Danone appartenait à des fonds d’investissement (dont plus de 50% hors de France), l’autre moitié étant éclatée en de nombreux actionnaires divers.

Les « arbitrages » permanents de ces fonds (achats – ventes) font monter ou baisser le cours de ces actions. Et forcément, les décisions « court-termistes » comme des plans de licenciements ou des cessions de branches après démantèlement, font souvent grimper les cours. Elles sont pourtant rarement bonnes pour l’entreprise, sur le long terme.

Depuis une trentaine d’années et le développement de ce néolibéralisme mondialisé, nous ne pouvons que constater la volatilité toujours plus grande des capitaux et le recul des investissements de long terme dans les entreprises.

Enfin, dans ce contexte, la politique de rémunération des cadres dirigeants, votée par les actionnaires des grands groupes, a largement influencé ces décisions stratégiques et économiques vers le court terme. En effet, l’intégration et l’utilisation abondante des « stock-options » dans les revenus des cadres dirigeants, pour des sommes souvent incroyables au regard de notre vie quotidienne (plusieurs millions d’euros), rendent ces cadres entièrement tournés vers l’intérêt des actionnaires (les mêmes que les leurs désormais). Cette évolution est une des caractéristiques de ce capitalisme financier, que nous souhaitons stopper à la France insoumise.

La distribution des « stock-options » est un outil caractéristique de cette dérive financière néolibérale et nous voulons le supprimer.

Cf. notre programme “L’avenir en commun” :

  • chapitre 20 : Définanciariser l’économie réelle,
  • chapitre 29 : Instaurer un salaire maximum, avec entre autres, la suppression des « stock-options ».

 


Stéphane Vidal

Sources :

« Les faits sont têtus », 2013 (Olivier Berruyer).

Article de Libération :

http://www.liberation.fr/france/2017/07/27/la-juteuse-plus-value-boursiere-de-muriel-penicaud-chez-danone_1586715

Article de l’Humanité :

https://www.humanite.fr/affaire-muriel-penicaud-est-disqualifiee-comme-ministre-du-travail-639509

Interview J-C. Mailly :

http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/jean-claude-mailly-face-a-raphaelle-duchemin-en-direct-968175.html