Les 100 premiers jours d’Emmanuel Macron : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » (A. Einstein).

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Cette semaine, Emmanuel Macron a « fêté » les 100 premiers jours depuis son élection à la Présidence de la République. C’est l’occasion de faire un premier bilan (même s’il faudra évidemment attendre un peu avant d’en tirer des conclusions définitives pour porter un jugement. Mais cela nous permet au moins de regarder la trajectoire qui est déjà donnée à ce nouveau quinquennat qui démarre :

  • Cela a d’abord commencé avec une loi de moralisation de la vie publique qui s’est transformée en simple loi de moralisation de la vie politique (afin d’éviter tout conflit avec les chefs des grandes entreprises et ne mettant pas le doigt sur des problèmes tels que les conflits d’intérêt, pourtant l’un des problèmes majeurs concernant la confiance en politique.
  • Le second texte important des ces 100 premiers jours est celui de la loi d’habilitation pour les ordonnances de la future loi travail. Là, nous n’avons pas encore tous les détails puisque les derniers arbitrages apparaîtront d’ici la fin du mois. Mais les grands axes ont été tracés : primauté des accords d’entreprises sur le code du travail (inversion des normes + suppression du principe de faveur), fusion des instances représentatives du personnel dans toutes les entreprises, facilitation des licenciements économiques avec la prise en compte du périmètre de l’entreprise (voire de l’établissement) et non plus du groupe, barémisation des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif…
  • La suppression de la taxe d’habitation pour 80% des foyers : cette taxe représente 10 à 20% du budget selon les communes. Cette suppression devra être compensée par l’état. Mais le sera-t-elle en intégralité ? Et pour combien de temps ? Ou bien cela fera-t-il partie des efforts demandés aux collectivités ? Par ailleurs, cette baisse des revenus pour l’état donc, devra être entièrement compensée par une autre augmentation d’impôts (par exemple la CSG) dans le cadre du vote du budget.
  • L’augmentation de la CSG de 1,7 point, qui pénalisera essentiellement les retraités qui ne bénéficieront pas de la compensation par la baisse des cotisations maladies et chômage, qui elles se verront sur les fiches de paie des salariés.
  • La baisse des cotisations maladies et chômage sur les salaires engendreront à partir de 2018 une hausse du salaire net pour les salariés. Cependant, elle provoquera une diminution du salaire brut. En effet, ces revenus dits « différés » pour les salariés (les cotisations sociales qui entrent dans le salaire brut) ne seront plus versés à l’état. Cette baisse des revenus pour l’état devra donc être également entièrement compensée pour équilibrer le budget, tout comme la suppression de la taxe d’habitation. Cela signifie des efforts réalisés ailleurs, soit par une baisse de remboursement de soins ou de médicaments, soit par la diminution des durées d’indemnisation du chômage, soit tout simplement par une augmentation d’impôt (mais pas de l’impôt sur le revenu bien sûr, puisque celui-là, le gouvernement souhaite le réduire).
  • La reprise du gel du point d’indice et le retour du jour de carence pour les fonctionnaires qui ne pourra bien entendu pas être compensé par l’employeur (l’état ou la collectivité territoriale), contrairement aux 3 jours de carence des entreprises privées (inégalité de traitement ?).
  • La baisse de 5 €/mois des APL dès le 1er octobre 2017 : pour une économie de 32,5 millions d’euros/mois (donc de 97,5 millions pour 2017). Le gouvernement en est-il là, à chercher une centaine de millions d’euros pour clôturer son budget de 2017 ou bien est-ce seulement la marque du modèle économique choisi, celui de faire payer à tout le monde (comme sur la CSG) la baisse des impôts des plus riches (ISF) ?
  • La baisse des moyens des collectivités territoriales (un effort de 13 milliards demandé sur 5 ans) avec une baisse de 300 millions d’euros pour la dotation aux collectivités dès 2017.
  • La diminution de 36% du budget pour les emplois aidés disponibles pour les collectivités et les associations.
  • La baisse du budget de l’armée, ayant entraîné la démission du général en chef des forces armées.
  • La promesse de porter à 12 le nombre d’élèves par classe de CP dans les zones d’éducation prioritaires dès la rentrée 2017 : pour l’instant à l’état d’engagement, il faudra vérifier sur le terrain comment, sans créer de postes supplémentaires, cette réorganisation ne portera pas atteinte à l’ensemble des autres classes du primaire.

Ce premier bilan permet aussi de constater l’évolution de la popularité du président depuis son élection. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’après des mois de matraquage publicitaire (je n’ai pas trouvé d’autres mots plus adaptés) au cours de la campagne, de la part de l’ensemble des médias pour l’arrivée du « messie », celui qui allait tout changer et sortir le pays de l’ornière, la chute en est d’autant plus rude et brutale.

En effet, après avoir culminé à 62% de popularité à la sortie de son élection, 3 mois plus tard, c’est déjà la chute libre, à seulement 36%, soit 10 points de moins que François Hollande à la même époque, lui qui n’était déjà pas très bien parti…

Alors, peut-on déjà analyser les raisons de cette chute de popularité ? Pourquoi cette baisse et pourquoi aussi vite finalement ?

Il faudrait rappeler que nous étions nombreux, il y a un an, à dire que le phénomène Macron relevait plus de la bulle spéculative médiatique que de l’arrivée du sauveur qui allait convaincre tout le monde qu’il détenait le remède contre une situation économique compliquée empreinte de croissance faiblarde et de manque d’investissements et contre une situation sociale difficile, avec un taux de chômage record et des inégalités qui ne cessent de se creuser, rendant encore plus tendu le climat social.

Selon les médias majoritaires dans le pays, avec son programme économique et social, teinté de libéralisme et de « sérieux » budgétaire réclamé par la Commission Européenne, Emmanuel Macron allait résoudre tous les problèmes et redonner confiance aux français.

En fait, avec l’éclairage de ces 3 premiers mois de la présidence, les français commencent à percevoir que seules les demandes des patrons du CAC40 pourront trouver des réponses dans la politique du gouvernement et que la confiance a été redonnée à quelques privilégiés, dont le revenu annuel dépasse souvent le million d’euros et qui estiment trop contribuer à la vie de la société par l’impôt. En supprimant de l’impôt sur la fortune l’ensemble des actions et produits financiers en tous genres, on peut comprendre pourquoi ils peuvent se sentir confiants.

En conclusion de ces 100 premiers jours, on pourrait dire que peu de gens croient aujourd’hui qu’en répétant les politiques libérales appliquées depuis 30 ans, Emmanuel Macron et sa République en Marche, pourraient obtenir des résultats différents de ceux des gouvernements précédents et qu’ils pourraient changer quoi que ce soit, ni à la situation du pays, ni à celle des français.

Albert Einstein disait que « la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent . »

Mais, comme il ne sert à rien d’avoir raison tout seuls, la mission de la France insoumise, au cours des 5 années à venir, est d’expliquer partout pourquoi tout ce qui sera fait par ce gouvernement, dans le prolongement de tous les précédents, n’aboutira à rien d’autre que :

  • La précarisation de la situation des salariés, des chômeurs, des retraités,
  • La dégradation des conditions de travail des salariés et des fonctionnaires,
  • L’augmentation des licenciements économiques (voire des licenciements abusifs s’ils sont désormais encadrés par des barèmes), donc peu de baisse du taux de chômage à envisager, malgré une reprise économique mondiale qui semble se confirmer,
  • La dégradation des services publics, en particulier dans les zones péri-urbaines et rurales, comme la fermeture de classes dans les écoles, de centres médicaux, de bureaux de poste, des commissariats et gendarmeries, etc…,
  • Des difficultés à prévoir dans l’enseignement primaire et secondaire par manque de personnels et de moyens, tout comme dans l’enseignement supérieur ou la sélection et le coût deviendront plus importants, ainsi que dans le secteur de la santé (hôpitaux),
  • La dégradation des budgets des collectivités territoriales (et en particulier des communes) et la réduction des investissements publics qui devrait avoir un impact sur le manque de croissance économique,
  • La poursuite de l’augmentation (voire l’accélération) des inégalités en France entre les plus riches et les plus pauvres, qui devrait avoir un impact sur la consommation intérieure,
  • La poursuite de la précarisation de la situation pour la classe moyenne,
  • La poursuite de la dégradation de l’environnement et de la santé publique : poursuite de l’utilisation de produits dangereux pour notre santé (perturbateurs endocriniens, pesticides, …) sous la pression du lobby de l’industrie chimique, poursuite du nucléaire (risque et coût de la gestion du risque),
  • La poursuite du système agro-alimentaire industriel conduisant aux abus qui apparaissent de plus en plus au grand jour (tromperies sur la qualité des produits, utilisation de produits interdits…) pour augmenter les gains économiques, et qui conduisent à la précarisation des agriculteurs et à la dégradation des sols,
  • Etc…

Stéphane Vidal