En 2018, sans domicile, sans abri, des gens meurent dans la rue. Et en même temps…

Illustration article SDF-fév2018

Lundi 05 février 2018, le député de La République En Marche Sylvain Maillard a expliqué à la radio RFI, que la majorité des Sans Domicile Fixe qui dormaient dehors, le faisaient par choix personnel.

Une semaine plus tôt, le secrétaire d’état à la cohésion des territoires, Julien Denormandie (LREM), assurait sur France Inter qu’il y avait « à peu près une cinquantaine d’hommes isolés en Ile-de-France », dormant dehors.

J’ai trouvé cela très grave : soit le secrétaire d’état vit sur une autre planète et ses services lui racontent des histoires chaque soir pour s’endormir tranquille, soit il est réellement au courant du nombre de personnes qui vivent sans domicile et sans abri et qui le soir venu sont contraints de se trouver un endroit pour passer la nuit, dehors. Dans le premier cas, M. Denormandie et ses services sont totalement incompétents et je me demande ce qui fait qu’il est encore à ce poste aujourd’hui. Dans le deuxième cas, ce monsieur a menti à la France entière, droit dans les yeux, ou plutôt dans les oreilles, puisque ceci s’est passé à la radio.

Dans tous les cas, M. Denormandie ne devrait plus être secrétaire d’état à la cohésion sociale à ce jour. Il est visiblement incompétent et ne travaille pas pour la cohésion sociale mais pour enfumer les français.

Le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre a montré que le nombre de personnes sans domicile fixe a augmenté de plus de 50% en dix entre 2001 et 2012. 4 millions de personnes souffrent de mal logement en France, c’est-à-dire qu’ils vivent dans des conditions dégradées, un logement insalubre ou en surnombre.

Macron a dit regretter de ne pas avoir réussi à atteindre l’objectif qu’il s’était fixé « de ne plus avoir de femmes et d’hommes dans les rues, à la fin de l’année 2017 ». Mais, tout compte fait, si les personnes au pouvoir sont persuadées que tout le monde vit bien, à part une cinquantaine de personnes qui dorment dehors (volontairement !), alors rien d’étonnant à ce que ce genre de promesses ne soit pas tenues !

Il y a un an déjà, je reprenais dans un article, une phrase de Raphaël Glücksmann, philosophe qui écrivait dans un édito de l’Obs « Ce sont toujours les ombres que nous expulsons hors de notre champ de vision qui disent le mieux ce que nous sommes ».

Alors combien de temps faudra-t-il, combien de morts encore, pour que ce gouvernement décide vraiment d’agir et mette les actes en conformité avec les paroles ? Combien de temps avant de mettre à disposition tous les logements et bâtiment inutilisés, partout en France, pour permettre de proposer un toit à tous ces gens qui dorment dehors, avec des températures actuellement en-dessous de zéro ?

En France, il y aurait près de 3 millions de logements vides. Certes, il ne se trouvent pas tous sur Paris, mais il y en aurait certainement largement assez pour loger tous les abris. En effet, en 2016, l’INSEE recensait environ 100 000 logements vides sur Paris.

Depuis l’intervention remarquée du secrétaire d’état, les Services de la Mairie de Paris ont effectué un recensement de ces personnes sans domicile fixe. 3 624 personnes ont été recensées, dont plus de 2 000 dormaient dehors. Et il est permis de penser que tous n’ont pas été trouvées, lors de ce recensement. M. Denormandie va pouvoir mettre ses statistiques à jour.

Hier, un jeune homme de 35 ans, prénommé Mike, est mort, pendant la nuit, sous le porche de l’Eglise Sainte-Catherine à Valence. Il y a 15 jours, c’est une femme qui décédait la nuit, dehors, rue La Fayette à Paris… Dans quel monde vivons-nous, pour admettre cela ? Comment notre société peut-elle accepter, en même temps, la même année, de reverser 3,2 milliards d’euros en baisses d’impôts, entre autres par la suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières, aux 0,5% des gens les plus riches de ce pays (soit environ 300 000 personnes), et laisser mourir des gens dehors, parce qu’ils n’ont pas un toit à se mettre au-dessus de leur tête ! Que ce monde est triste, que ce monde est laid.

 


Stéphane Vidal

 

« Nous ne voulons plus vivre notre bonheur personnel au milieu d’un océan de malheur. » (Jean-Luc Mélenchon, Le Mans, le 11/01/2017).

 

Sources :

https://www.marianne.net/politique/video-pour-depute-lrem-syvlain-maillard-immense-majorite-sdf-dorment-dans-la-rue-par-choix

http://www.fondation-abbe-pierre.fr/nos-publications/etat-du-mal-logement/les-rapports-annuels/22e-rapport-sur-letat-du-mal-logement-en-france-2017#telechargement

https://www.francetvinfo.fr/societe/sdf/sans-abri-a-paris-un-recensement-clot-la-polemique_2622238.html

https://www.20minutes.fr/paris/1866327-20160615-paris-trop-plein-logements-vides-sous-occupes-capitale

https://www.francebleu.fr/infos/societe/valence-un-sdf-de-35-ans-retrouve-mort-sous-le-porche-d-une-eglise-1519558097

http://mortsdelarue.org/spip.php?article14