Grève dure à la SNCF : Pourquoi ?

Illustration article grève SNCF

Aujourd’hui, les cheminots démarrent une grève dure et peut-être longue, contre la « réforme » du gouvernement. Pourquoi ?

Ce que veut le gouvernement

Depuis quelque temps, le gouvernement et les médias « mainstream » tentent de faire passer le message que la SNCF serait responsable d’une qualité de service dégradée avec des incidents sur le réseau et des retards de trains qui se multiplient. Elle serait aussi responsable des 50 milliards d’euros de dette qui plombent ses comptes et l’empêche aujourd’hui d’investir.

Le gouvernement a donc décidé de supprimer, par ordonnance, le statut des cheminots, de transformer la SNCF en société anonyme et d’ouvrir le trafic ferroviaire à la concurrence, comme le demande l’Union Européenne. Et tout cela donc, sans un réel débat au parlement.

Voilà contre quoi les agents de la SNCF se révoltent aujourd’hui.

Bien entendu, comme pour la « réforme » du code du travail, le gouvernement entend monter les français les uns contre les autres, à coups de faux arguments, en assénant, par médias interposés, que les cheminots font la grève par pur égoïsme, pour défendre leurs privilèges, en piégeant les usagers.

Mais la réalité est bien évidemment toute autre. Croit-on vraiment que cette réforme va permettre d’améliorer la qualité du service et la situation des usagers ? Croit-on vraiment que les billets de train seront moins chers après l’ouverture à la concurrence ? Que le réseau sera mieux entretenu et que les incidents diminueront ?

Il n’en sera rien de tout ça bien sûr !

Quelques explications sur le fond du problème de la SNCF et sur le réel objectif de cette « réforme » gouvernementale

Cette réforme est à nouveau une attaque en règle idéologique du Service Public, venant de la pensée libérale d’une oligarchie de droite, au pouvoir en Europe depuis des années maintenant et qui détruit tout service public, inlassablement.

Le manque d’investissements

Si depuis des années, les incidents techniques se multiplient sur le réseau, engendrant pannes et retards, et si la qualité du service en est progressivement dégradée, c’est que le réseau aurait besoin d’investissements importants, pour sa rénovation, son amélioration, sa modernisation. Or, plus personne n’y investit aujourd’hui suffisamment : ni la SNCF, plombée par une dette de 50 milliards d’euros, ni l’Etat qui n’en a plus la volonté et laisse pourrir la situation depuis des années.

Mais d’où vient cette dette ? La SNCF et le statut des cheminots en sont-ils responsables ?

La dette de la SNCF provient essentiellement de la construction du réseau, qui a démarré dès la fin du 19ème siècle (Cf. article de Public Sénat cité en bas de page). L’accumulation s’est faite par périodes, dont la dernière importante fut celle des années 1980, avec la construction des grandes lignes TGV.

Mais qui en responsable ? La SNCF, à qui l’Etat à demandé ces investissements sans les financer et la laissant s’endetter auprès des banques ? Non bien sûr ! C’est l’Etat lui-même ! Nous sommes propriétaires de notre réseau ferré et il en est parfaitement bien ainsi ! Mais si l’Etat a construit un réseau, il doit gérer cette question de la dette et faire en sorte que la SNCF n’ait plus à verser aux banques plus d’1,5 milliard d’euros par an en intérêts financiers ! Le calcul est rapide, en 10 ans, cela représente déjà une dépense de 15 milliards ! L’Etat doit reprendre cette dette à sa charge et sans faire le chantage de la suppression du statut des cheminots, qui n’a absolument rien à voir là-dedans.

La question du statut des cheminots

Pour ce qui est du statut et des « soi-disant privilèges » des cheminots, vous pourrez vous reportez à l’article du journal Marianne, qui a été l’un des rares à détailler et comparer les conditions d’emplois des salariés de la SNCF. Les agents travaillent autant que tous les autres salariés (à 1 jour près), doivent cotiser autant que tous les autres pour obtenir leur retraite à taux plein (42 ans) et leurs salaires sont en moyenne de 100 € supérieurs à la moyenne française. Mais cet écart est principalement dû à l’écart important qui existe entre les cadres de la SNCF et les autres salariés. Le seul vrai avantage en nature des cheminots est la possibilité de voyager en train gratuitement pour eux. Mais cet avantage accordé aux 135000 salariés de la SNCF, le gouvernement ne le remet pas en cause. D’ailleurs, souhaitons-nous tous que chaque entreprise supprime les avantages, en nature ou non, dont bénéficient leurs salariés ? Encore une fois, ce n’est pas le problème.

La question fondamentale de l’avenir du Service Public

L’objectif de la « réforme » de la SNCF par le gouvernement Macron n’est pas d’améliorer le service public mais bien de le supprimer et de privatiser tout ce qui peut l’être, dans le seul objectif de « réduire la dépense de l’Etat ».

Souvenez-vous de ce qui s’est passé avec le réseau autoroutier… L’Etat a cédé tout son réseau à des entreprises privées et aujourd’hui les péages ne cessent d’augmenter et les bénéfices sont engrangés par la actionnaires privés, les mêmes qui détiennent bon nombre de grandes entreprises françaises, ainsi que les médias, et qui orientent la politique économique de ce pays depuis trop longtemps maintenant.

Alors pensez-vous que ce sera différent avec la SNCF, quand celle-ci aura été transformée en société anonyme, puis que l’actionnariat privé y sera intégré, d’abord avec une ouverture du capital puis par fusion ou vente progressive des actions de l’Etat (comme toutes les entreprises qui sont passées par là : France Télécom (Orange), EDF, GDF (ENGIE), La Poste dont l’ouverture du capital a commencé en 2011,…). La transformation en société anonyme de la SNCF et la suppression progressive du statut des cheminots ne sont que les arguments nécessaires à l’ouverture du capital et à la future privatisation de l’entreprise, car elle permettra d’attirer les investisseurs privés.

Cette « réforme » ne changera rien aux problèmes actuels. Elle permet juste de mettre sur les rails la nouvelle privatisation d’un service public souhaitée par l’Union Européenne. Mais qui paiera alors au final ? Les usagers, avec un prix des billets de trains qui augmentera comme dans de nombreux pays européens, en particulier sur les lignes régionales, et avec la disparition programmée des lignes non rentables économiquement, que les régions vont être contraintes de fermer, car elles n’auront pas les ressources budgétaires nécessaires.

N’oublions pas qu’en Allemagne, si les plus petites lignes vivent encore, c’est parce que l’Etat subventionne avec près de 10 millions d’euros par an d’argent public les entreprises qui gèrent ces lignes en région.

Car, non le service public du rail ne peut pas toujours être « rentable », tout comme les services de santé, l’éducation… etc. Mais ce service public apporte de nombreux bénéfices extérieurs, en permettant à de nombreuses régions d’exister. Il est un bien commun, qui permet à tout un chacun de vivre partout sur notre territoire (disons à 95% du territoire accessible). Il suffit de lire tous les témoignages des habitants de nos régions un peu reculées par rapport aux grandes métropoles françaises. Sans ces lignes qui transportent quelques dizaines de passagers par jours, certaines régions de France se désertifieraient encore plus vite. Sans ces services hospitaliers décentralisés, de nombreux habitants quitteraient des villes de tailles moyennes. Sans des écoles et des collèges présents partout sur notre territoire, la France ne deviendrait qu’un agglomérat de grosses métropoles, avec des déserts au milieu, et laisserait dépérir 80% de son territoire. Et c’est bien cela qui est en train de se produire, sous les coups de boutoirs de politiques absurdes menées depuis des années, avec l’unique objectif de réaliser des économies. Ce n’est pas cela, la politique d’un Etat. Un Etat doit penser la vie future de son pays, penser l’aménagement de son territoire, pour que le peuple vive dans des conditions normales. Et ce n’est plus le cas aujourd’hui, nous avons pris un chemin inverse.

Si l’on veut freiner voire inverser ce nouvel exode rural que nous connaissons depuis des années maintenant, si l’on veut freiner voire inverser cette injustice sociale qui s’est créée entre les grandes métropoles et les régions rurales, la France a besoin de tout son réseau ferroviaire, y compris de ces « petites lignes » qui ont une importance majeure dans la vie des françaises et des français.

C’est bien là tout l’enjeu du combat qui sera mené face à cette « réforme » et qui doit être porté par tous les français. C’est bien pour cela que les agents de la SNCF se battent aujourd’hui. Et c’est bien pour cela aussi que nous les soutenons toutes et tous, dans La France Insoumise. Car, contrairement à ce que veulent nous faire croire le gouvernement, M. Macron et toute sa République en Marche, ce mouvement de protestation lancé par les cheminots nous défend tous, nous, usagers du Service Public. Si nous laissons le gouvernement aller au bout de sa « réforme » aujourd’hui, alors nous laisserons notre Service Public entier dépérir et disparaître. Et nous abandonnerons, peut-être pour longtemps, notre modèle français.


Stéphane Vidal

Article de Public Sénat :

https://www.publicsenat.fr/article/politique/reforme-ferroviaire-la-question-centrale-de-la-dette-de-la-sncf-83181

Article de Marianne :

https://www.marianne.net/economie/reforme-de-la-sncf-les-privileges-du-statut-du-cheminot-sont-surtout-des-fantasmes