Le gouvernement d’Emmanuel Macron, pris au piège de son système.

Illustration article piège système baisse croissance2

Le gouvernement d’Emmanuel Macron, pris au piège de son système.

Oui je sais, je devrais parler dans cette 5ème République du gouvernement d’Édouard Philippe, qui est le chef « officiel » du gouvernement. Mais tout démontre depuis un an que le « vrai » chef du gouvernement, c’est bien Emmanuel Macron. Et tout comme à l’époque de Nicolas Sarkozy, qui avait qualifié son premier ministre François Fillon de « collaborateur », E. Philippe n’est, dans le système monarchique d’E. Macron, qu’un maillon de transmission, presque inutile.

Oui donc, il y a bien une vie après l’affaire Bénalla ! Il faudra bien s’y faire… Et cela faisait un moment d’ailleurs que l’on n’avait pas parlé d’économie, alors…

Révision à la baisse des prévisions de croissance

Nous avons appris en fin de semaine dernière que la croissance stagnait à un niveau relativement bas de +0,2% au deuxième trimestre 2018, tout comme au premier.

Que cela signifie-t-il ?

Tout d’abord, que l’année 2017 a été exceptionnelle, en France, comme dans la majeure partie des pays européens. Comme nos économistes en chef, tels que Liêm Hoang Ngoc, nous l’on souvent répété (voir lien en bas d’article), l’activité économique française a bénéficié en 2017 de plusieurs facteurs extérieurs positifs (le fameux alignement des planètes) : croissance mondiale relativement élevée, prix du pétrole très faibles (en forte baisse par rapport aux pics des années précédentes), taux d’intérêts extrêmement bas, sur des planchers jamais atteints jusque-là.

Tout cela a concouru à un taux de croissance annuel de +2,2% en France en 2017. Aujourd’hui, ces facteurs s’estompent et nous revenons vers une croissance plus structurelle, non liée à ces effets conjoncturels extérieurs. Le taux de croissance annuel pour 2018 devrait donc reculer entre +1,5% et +1,8% maximum. Bruno Le Maire, ministre de l’économie, a d’ailleurs annoncé en début de semaine, que le gouvernement reverra également ses prévisions dans les semaines qui viennent.

Conséquences : dégradation des conditions de vie et stagnation de la consommation

Dans ce système macronien « libéral », la politique de l’offre à l’allemande veut que, tant qu’on n’atteint pas l’équilibre budgétaire, quelle que soit la période et les besoins du pays, en termes d’infrastructures (réseaux, logements sociaux…), d’activités (moyens de production d’énergie « verte » ou du moins renouvelable), ou de social (emploi des personnes en chômage de longue durée, formation…), on rogne sur toutes les dépenses possibles, y compris celles qui engendrent régulièrement de l’activité économique, donc de la croissance et donc qui rapportent à l’état. Et « rogner » est un euphémisme.

Si l’on regarde la promesse du dédoublement des classes du primaire dans les établissements du réseau d’éducation prioritaire renforcée (dit REP+), on parle trop peu de son corollaire qui a consisté en la fermeture de plusieurs centaines de classes en 2017, principalement en milieu rural (mais pas seulement) et en une augmentation des effectifs par classes dans ces territoires, qui peuvent donc a contrario se retrouver surchargées, entre 25 et 30 élèves par classes, quand dans les REP+, l’objectif est d’arriver à 12 élèves par classe. Est-ce cela le principe de justice et d’égalité macroniennes ? Voilà bien un exemple de l’absurdité d’une telle politique. Et il y en a ainsi de nombreux autres, comme la destruction d’emplois utiles dans les collectivités ou les associations (emplois aidés et emplois d’avenir) dans des périodes où, justement, il serait au contraire nécessaire d’étendre ces dispositifs à une vraie garantie de l’emploi telle que nous le proposons dans le programme l’avenir en commun.

Par conséquent, cela signifie aussi que le gouvernement, qui a établi son budget sur une prévision de croissance à +2% pour cette année, va devoir, dès la rentrée, rechercher plusieurs milliards d’euros d’économies supplémentaires, s’il veut conserver ses objectifs de réduction des déficits (2,3% pour 2018). Et cela signifie donc que les budgets des services publics (éducation, santé, social…) vont encore pâtir l’an prochain de ces mauvais résultats économiques. Il n’y a pas de secret.

C’est ce qu’il y a de « bien » dans cette théorie économique libérale, c’est qu’elle est prévisible : lorsque les résultats ne sont pas bons, « on » nous dit qu’il faut aller encore plus loin dans les « réformes » et dans les économies à réaliser. Les économies réalisées engendrant une baisse de l’activité, de l’emploi (même en période de croissance) et par conséquent une baisse de la consommation pour les 3/4 des ménages touchés par ces mesures. La croissance stagne et les déficits se creusent. Tout ceci est un puit sans fond.

Et c’est ainsi qu’Emmanuel Macron, comme tous les présidents français depuis 30 ans, se retrouve pris au piège de son système, dans le cercle vicieux de la désinflation compétitive (ou dévaluation interne) imposé par l’Allemagne, système qui met à mal toute la société française.

Dans ce maelström sans fin, les prochaines « réformes » vont être rugueuses : la remise en cause du système de retraite par répartition avec une retraite par points et la remise en cause des aides sociales, dans le système d’indemnisation du chômage en particulier. Et tout ça n’est pas fini.

Non, décidément, tout cela n’a aucun sens. La politique économique menée est sensiblement la même depuis 30 ans et il n’y aucune raison pour que les résultats diffèrent.

La politique de l’offre n’engendre que réduction du pouvoir d’achat des populations et réduction de la consommation. Les derniers chiffres de l’inflation parus cette semaine (+2,3% sur un an en juillet) sont trompeurs si l’on n’entre pas dans les détails de cette inflation. Cette hausse est essentiellement due à la remontée des prix de l’énergie (du pétrole en particulier). Les prix à la consommation (hors énergie) quant à eux ont été mesurés en baisse de 0,1% sur cette même période. Pas de quoi crier victoire donc, logique au vu de la croissance affichée.

Alors, certains économistes (toujours les mêmes) disent croire en une remontée de la consommation en fin d’année, grâce aux effets attendus sur les salaires des mesures gouvernementales (effet de la suppression des cotisations sur le salaire net, baisse de 30% de la taxe d’habitation pour les ménages concernés). Mais tout cela n’est que supputation et nous verrons bien ce qu’il en est réellement d’ici décembre.

5 ans c’est court mais c’est suffisamment long pour casser tout un système social et je ne pense pas que ceci soit la volonté des français. En revanche, je crains que l’hallucination collective du macronisme de 2017 ne soit pas encore tout à fait terminée au sein de certaines classes sociales. Hallucination, qui est un frein aujourd’hui à la nécessaire révolution du système, tant démocratique, qu’économique.


Stéphane Vidal

Sources :

Croissance

Emission « Ca vous regarde » (LCP) du 22 mai 2018 : Débat « À qui profite la politique fiscale de la majorité ? », avec Liêm Hoang Ngoc (FI-NGS) et Daniel Labaronne (LREM) : https://www.youtube.com/watch?v=FHH3KYdhEO0

https://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2018/07/27/la-croissance-stagne-a-0-2-au-2e-trimestre_5336499_1656968.html

http://www.rfi.fr/economie/20180727-france-croissance-stagne-02-deuxieme-trimestre-2018

Inflation

http://www.europe1.fr/economie/linflation-accelere-en-juillet-a-23-sur-un-an-3722951

Désinflation compétitive

https://www.lemonde.fr/europe/article/2010/03/19/la-strategie-allemande-de-desinflation-competitive-est-a-son-tour-attaquee-par-ses-voisins_1321525_3214.html

Fermetures de classes

http://www.leparisien.fr/societe/education-pourquoi-tant-de-fermetures-de-classes-07-03-2018-7594245.php

Contrats aidés

https://www.huffingtonpost.fr/2017/11/09/lassemblee-vote-la-fin-des-contrats-aides-dans-une-ambiance-tendue_a_23271587/

https://www.latribune.fr/economie/france/fin-des-contrats-aides-quel-bilan-sur-l-emploi-761541.html

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/chomage/contrats-aides-une-nouvelle-baisse_2831265.html